L’IFER dans le détail.
L’IFER, ou imposition forfaitaire des entreprises de réseaux, est une fiscalité assez peu connue en dehors des secteurs directement concernés, alors même qu’elle peut représenter des montants importants pour les exploitants d’infrastructures énergétiques, ferroviaires ou de télécommunications. Éoliennes, centrales photovoltaïques, barrages hydroélectriques, centrales nucléaires, transformateurs électriques, antennes-relais, infrastructures gazières, certains matériels ferroviaires ou encore installations géothermiques peuvent ainsi supporter une imposition annuelle dont le mode de calcul ne repose ni sur le bénéfice de l’entreprise, ni sur sa valeur ajoutée, ni nécessairement sur la valeur locative cadastrale de ses biens.
Cette particularité est essentielle pour comprendre l’IFER : contrairement à la taxe foncière ou à la cotisation foncière des entreprises, dont l’assiette repose largement sur les caractéristiques immobilières des établissements, l’imposition forfaitaire des entreprises de réseaux est construite autour de paramètres physiques propres à chaque infrastructure. Pour une éolienne ou une centrale photovoltaïque, on regardera principalement la puissance électrique installée ; pour un transformateur électrique, la tension en amont ; pour certaines infrastructures télécoms, le nombre de lignes ou d’équipements ; pour une station radioélectrique, l’existence même de la station répondant aux conditions prévues par les textes.
Cette fiscalité revêt également un intérêt particulier dans le cadre des récents articles consacrés aux éoliennes et aux centrales photovoltaïques : un équipement peut bénéficier d’une exonération de taxe foncière tout en restant soumis à l’IFER. L’exonération foncière ne doit donc jamais être interprétée comme une exonération générale de fiscalité locale.
Qu’est-ce que l’IFER ?
L’imposition forfaitaire des entreprises de réseaux a été créée dans le cadre de la réforme de la fiscalité professionnelle issue de la loi de finances pour 2010. Elle est perçue au profit des collectivités territoriales et de leurs établissements publics de coopération intercommunale selon des règles de répartition différentes en fonction des infrastructures concernées. Elle vise principalement trois grands secteurs économiques : l’énergie, le transport ferroviaire et les télécommunications.
L’IFER ne constitue cependant pas une taxe unique calculée de la même façon pour toutes les entreprises de réseaux. Elle est aujourd’hui composée de dix composantes distinctes, chacune disposant de son propre champ d’application, de ses propres seuils, de sa propre assiette et de son propre tarif. Cette distinction explique pourquoi deux entreprises relevant toutes deux de l’IFER peuvent être imposées selon des méthodes totalement différentes.
Il est donc plus exact de parler de la famille des IFER que d’imaginer un impôt uniforme applicable à toutes les infrastructures.
Quelles entreprises sont concernées par l’IFER ?
L’IFER concerne essentiellement les exploitants de grandes infrastructures de réseaux. Bercy distingue les entreprises relevant du secteur de l’énergie, du transport ferroviaire et des télécommunications. Dans le secteur énergétique, les installations visées comprennent notamment les éoliennes, les hydroliennes, certaines centrales électriques, les centrales photovoltaïques et hydrauliques, les transformateurs, certaines installations gazières et les centrales géothermiques. Dans les télécommunications, on retrouve notamment les stations radioélectriques ainsi que certains équipements des réseaux cuivre et fibre. Enfin, le secteur ferroviaire supporte des composantes spécifiques sur certains matériels roulants.
La caractéristique commune réside dans le caractère relativement stable et localisable de ces infrastructures. Une éolienne reste implantée sur un territoire précis, tout comme un transformateur, une centrale photovoltaïque ou une antenne-relais. L’IFER permet ainsi de faire bénéficier les territoires accueillant ces installations d’une partie de la fiscalité générée par leur exploitation, même si les modalités exactes de répartition diffèrent selon la composante concernée.
Les dix composantes de l’IFER
En 2026, Bercy recense dix grandes catégories d’infrastructures soumises à l’imposition forfaitaire des entreprises de réseaux : les éoliennes et hydroliennes ; les centrales nucléaires ou thermiques à flamme ; les centrales photovoltaïques ou hydrauliques ; les transformateurs électriques ; les stations radioélectriques ; les installations gazières et certaines canalisations de transport ; le matériel ferroviaire roulant utilisé sur le réseau ferré national pour le transport de voyageurs ; certains matériels roulants utilisés pour les transports collectifs en Île-de-France ; certains équipements des réseaux de télécommunications, notamment de la boucle locale cuivre et des réseaux fibre ; enfin les installations de production d’électricité d’origine géothermique.
Il n’existe donc pas un « tarif IFER 2026 » unique. Chaque catégorie doit être examinée séparément.
Qui est redevable de l’IFER ?
Le principe retenu pour plusieurs grandes composantes énergétiques est particulièrement simple : l’IFER est due chaque année par l’exploitant de l’installation au 1er janvier de l’année d’imposition. Bercy reprend ce principe dans sa présentation générale du dispositif, tandis que les différents articles du CGI le précisent pour chacune des catégories concernées.
La date du 1er janvier revêt donc une importance majeure. Lorsque l’exploitation d’une installation est cédée ou modifiée en cours d’année, il faut identifier précisément l’exploitant au 1er janvier pour déterminer le redevable de l’IFER concernée.
Cette règle rappelle d’ailleurs une caractéristique récurrente de la fiscalité locale : la situation existant au 1er janvier sert très souvent de référence à l’établissement de l’imposition annuelle.
IFER des éoliennes et hydroliennes en 2026
Les installations terrestres de production d’électricité utilisant l’énergie mécanique du vent et certaines installations hydroliennes entrent dans le champ de l’IFER lorsqu’elles atteignent le seuil de puissance prévu par l’article 1519 D du CGI. En 2026, Bercy indique que sont concernées les installations dont la puissance électrique installée atteint au moins 100 kilowatts.
Le tarif applicable au 1er janvier 2026 est fixé à 8,62 € par kilowatt de puissance installée. Le BOFiP précise que l’imposition est déterminée installation par installation.
Prenons une éolienne d’une puissance de 3 MW, soit 3 000 kW. L’IFER théorique correspondant à cette installation atteint :
3 000 × 8,62 € = 25 860 €.
Pour un parc de dix éoliennes de 3 MW présentant les mêmes caractéristiques, le montant atteint théoriquement 258 600 € par an, sous réserve naturellement de l’ensemble des règles applicables au parc.
Cette simulation permet surtout de comprendre pourquoi l’exonération de taxe foncière accordée depuis 2024 aux mâts des éoliennes ne signifie absolument pas que les installations éoliennes auraient cessé de contribuer à la fiscalité locale.
Exonération du mât et IFER : deux mécanismes indépendants
Depuis le 1er janvier 2024, les mâts des éoliennes sont expressément exonérés de taxe foncière sur les propriétés bâties et leur valeur locative est exclue de la base de CFE. Pour autant, l’IFER continue à être calculée à partir de la puissance installée.
Ainsi, une réduction de la base foncière n’a aucune conséquence mécanique sur l’IFER.
C’est une règle extrêmement importante dans l’analyse de la fiscalité des installations de production d’énergie : chaque impôt possède sa propre assiette. Une exonération applicable à la taxe foncière ne se transpose donc pas automatiquement à la CFE, à l’IFER ou à une autre taxe, sauf texte spécifique.
IFER des centrales photovoltaïques en 2026
Les centrales de production d’électricité d’origine photovoltaïque sont également soumises à une composante spécifique de l’IFER lorsqu’elles atteignent une puissance électrique installée d’au moins 100 kW.
Mais le tarif dépend ici de la date de mise en service de la centrale.
En 2026, les centrales photovoltaïques mises en service avant le 1er janvier 2021 sont soumises au tarif de 8,62 € par kilowatt. Les centrales photovoltaïques mises en service après le 1er janvier 2021 bénéficient, pendant leurs vingt premières années d’imposition, du tarif plus faible applicable aux installations hydrauliques, soit 3,588 € par kilowatt en 2026. À l’issue de cette période, elles retrouvent le tarif applicable aux installations photovoltaïques de droit commun.
La date de mise en service constitue donc ici une donnée fiscale extrêmement importante.
Exemple d’une centrale photovoltaïque de 5 MW
Prenons deux centrales photovoltaïques présentant chacune une puissance de 5 MW, soit 5 000 kW.
La première a été mise en service avant 2021. Avec un tarif 2026 de 8,62 €/kW, son IFER théorique est de :
5 000 × 8,62 € = 43 100 €.
La seconde a été mise en service après le 1er janvier 2021 et se trouve encore dans ses vingt premières années d’imposition. Avec un tarif de 3,588 €/kW :
5 000 × 3,588 € = 17 940 €.
Pour une puissance identique, la différence atteint donc 25 160 € par an.
Sur une installation de grande puissance et pendant plusieurs années, le millésime de mise en service peut ainsi représenter un enjeu financier considérable.
Une centrale photovoltaïque peut être exonérée de taxe foncière et payer l’IFER
Cette situation mérite à nouveau d’être soulignée. Les immobilisations destinées à la production d’électricité photovoltaïque bénéficient d’une exonération permanente de taxe foncière prévue par le CGI, mais la centrale peut parallèlement relever de l’IFER dès lors qu’elle atteint le seuil de puissance applicable.
Par ailleurs, comme nous l’avons vu concernant la taxe foncière des centrales photovoltaïques, le terrain situé sous les panneaux doit être analysé séparément. Le régime fiscal d’une centrale peut donc cumuler plusieurs mécanismes : exonération de certains équipements, taxation éventuelle du terrain, CFE sur les éléments correspondants et IFER calculée sur la puissance installée.
C’est précisément pourquoi l’expression « fiscalité d’une centrale photovoltaïque » recouvre en réalité plusieurs impôts totalement différents.
IFER des centrales hydrauliques en 2026
Les centrales de production d’électricité d’origine hydraulique, à l’exception des hydroliennes relevant de l’autre composante, entrent également dans le champ de l’article 1519 F lorsque leur puissance atteint le seuil applicable de 100 kW. En 2026, leur tarif est fixé à 3,588 € par kilowatt de puissance électrique installée au 1er janvier.
Une installation hydraulique de 10 MW, soit 10 000 kW, génère donc théoriquement :
10 000 × 3,588 € = 35 880 € d’IFER annuelle.
Là encore, ce montant doit être distingué de la taxe foncière et de la CFE susceptibles de concerner les terrains, bâtiments, ouvrages ou autres éléments composant le site hydraulique.
IFER des centrales nucléaires et thermiques
L’IFER s’applique également aux centrales nucléaires et aux centrales thermiques à flamme produisant de l’électricité lorsque leur puissance électrique installée atteint au moins 50 MW.
Pour 2026, le tarif est fixé à 3 588 € par mégawatt de puissance installée.
La différence d’unité mérite d’être relevée : pour les éoliennes et les installations photovoltaïques, les tarifs évoqués précédemment sont exprimés par kilowatt ; pour les centrales nucléaires et thermiques de cette composante, le tarif est exprimé par mégawatt.
Une centrale imposable de 500 MW supporterait donc théoriquement :
500 × 3 588 € = 1 794 000 € d’IFER annuelle.
Les ordres de grandeur deviennent évidemment considérables pour les très grandes installations de production électrique.
IFER sur les transformateurs électriques
Les transformateurs relevant des réseaux publics de transport et de distribution d’électricité disposent également de leur propre composante IFER. Ici, il ne s’agit plus de mesurer une capacité de production électrique, mais de prendre en considération la tension électrique en amont du transformateur.
Pour 2026, Bercy indique les montants suivants :
- 170 587 € par transformateur lorsque la tension en amont est supérieure à 350 kV ;
- 57 890 € lorsque la tension est supérieure à 130 kV et inférieure ou égale à 350 kV ;
- 16 627 € lorsque la tension est supérieure à 50 kV et inférieure ou égale à 130 kV.
Cette composante illustre parfaitement la philosophie générale de l’IFER : l’impôt est adapté à la nature technique de l’infrastructure et utilise un indicateur qui lui est propre.
IFER sur les stations radioélectriques
Les stations radioélectriques constituent une autre composante importante, notamment pour les opérateurs de télécommunications. Le champ concerne les stations dont la puissance nécessite un avis, un accord ou une déclaration auprès de l’Agence nationale des fréquences. Bercy vise notamment le matériel permettant d’assurer les services de radiocommunication, comme les émetteurs, récepteurs, antennes et équipements auxiliaires associés aux antennes-relais.
Pour 2026, le montant de référence indiqué par Bercy est fixé à 1 884 € par station radioélectrique détenue au 1er janvier. Les nouvelles stations bénéficient d’une réduction de 75 % pendant leurs trois premières années d’imposition.
L’âge de l’installation peut donc, là encore, modifier fortement le montant de l’impôt.
IFER des installations gazières et des canalisations
Une autre composante concerne plusieurs infrastructures liées au transport et au stockage de gaz ou d’autres produits. Sont notamment visées les installations de gaz naturel liquéfié, les stockages souterrains de gaz naturel, les canalisations de transport de gaz naturel, les stations de compression du réseau de transport, mais également certaines canalisations destinées au transport d’autres hydrocarbures ou de produits chimiques.
Contrairement aux principales composantes énergétiques précédentes, aucun tarif unique ne permet ici de résumer l’imposition. Les montants dépendent de la catégorie exacte de l’infrastructure et des caractéristiques définies par les textes.
Une entreprise exploitant ce type de réseau doit donc identifier très précisément chaque élément imposable avant de calculer son IFER.
L’IFER concerne également le matériel ferroviaire
L’imposition forfaitaire des entreprises de réseaux ne concerne pas uniquement les réseaux énergétiques. Certaines composantes visent également le matériel ferroviaire roulant utilisé pour le transport de voyageurs sur le réseau ferré national ainsi que certains matériels roulant sur les lignes de transport en commun de voyageurs en Île-de-France.
Dans ce cas, l’impôt est calculé selon des barèmes tenant compte de la nature et de l’utilisation des matériels concernés.
Cette composante montre que la notion de « réseau » doit être comprise dans un sens large : réseau électrique, réseau gazier, réseau de télécommunication mais aussi réseau ferroviaire.
IFER des réseaux cuivre et fibre
Les infrastructures de télécommunications fixes sont également concernées. La composante vise notamment certains répartiteurs principaux de la boucle locale cuivre, certains points de mutualisation des réseaux de communications électroniques en fibre optique jusqu’à l’utilisateur final et certains nœuds de raccordement optique.
Le montant dépend du nombre de lignes de la partie terminale du réseau raccordées à l’équipement et effectivement en service au 1er janvier.
Pour 2026, le tarif indiqué par Bercy est de 27,33 € par ligne en service. Certaines lignes nouvelles bénéficient toutefois d’un mécanisme permettant de ne pas être retenues pendant les cinq années suivant celle de leur première installation jusqu’à l’utilisateur final.
Dans le secteur des télécommunications, l’évolution technologique des réseaux possède donc également des conséquences fiscales.
IFER sur la production électrique géothermique
La dixième composante concerne les installations de production d’électricité d’origine géothermique présentant une puissance électrique installée d’au moins 12 MW.
En 2026, le tarif est fixé à 26,46 € par kilowatt de puissance installée au 1er janvier.
Une installation géothermique de 15 MW, soit 15 000 kW, pourrait donc théoriquement supporter :
15 000 × 26,46 € = 396 900 € d’IFER annuelle.
Cette composante présente ainsi un tarif par kilowatt nettement supérieur à celui applicable aux éoliennes ou aux centrales photovoltaïques.
Pourquoi les tarifs IFER augmentent-ils chaque année ?
Les tarifs ne restent pas fixes.
L’article 1635-0 quinquies du CGI prévoit une revalorisation annuelle des montants et tarifs des différentes composantes de l’IFER, en fonction du taux prévisionnel d’évolution des prix à la consommation des ménages hors tabac associé au projet de loi de finances de l’année. Pour 2026, le coefficient de revalorisation retenu est de +1,3 %.
Cette évolution explique pourquoi un exploitant dont l’installation reste strictement identique peut néanmoins constater une hausse de son IFER d’une année sur l’autre.
Il faut donc distinguer deux phénomènes : une augmentation provenant d’un changement de puissance, de nombre d’équipements ou d’autres paramètres techniques, et une augmentation provenant simplement de la revalorisation annuelle du tarif légal.
Cette distinction doit être faite avant de conclure à une anomalie.
Comment déclarer l’IFER ?
L’IFER suit largement les règles déclaratives applicables à la CFE. Bercy indique que la déclaration doit être effectuée au plus tard le deuxième jour ouvré suivant le 1er mai de l’année d’imposition.
Il existe différents formulaires en fonction des installations concernées, puisque les informations nécessaires ne sont évidemment pas les mêmes pour une éolienne, une antenne-relais ou un matériel ferroviaire.
L’exploitant doit donc vérifier chaque année la situation existant au 1er janvier, notamment en cas de création, cessation, augmentation de puissance ou modification importante d’une installation.
La déclaration constitue un point particulièrement sensible parce qu’une donnée incorrecte peut ensuite entraîner une mauvaise cotisation.
Comment payer l’IFER ?
Lorsque l’entreprise est redevable, le montant apparaît sur son avis d’imposition accessible dans son espace professionnel sur impots.gouv.fr. Le solde d’IFER est exigible à la même date que la CFE due au titre de la même année.
Pour 2026, l’acompte d’IFER devait être acquitté au plus tard le 15 juin 2026, au moyen d’un paiement dématérialisé.
L’utilisation de l’espace professionnel est donc indispensable, exactement comme pour de nombreuses autres obligations fiscales des entreprises.
L’IFER remplace-t-elle la CFE ?
Non, et c’est une confusion à éviter absolument.
L’IFER constitue une imposition spécifique qui s’ajoute potentiellement à la CFE. Une entreprise de réseaux peut donc supporter simultanément plusieurs fiscalités locales : taxe foncière lorsqu’elle est propriétaire d’éléments imposables, CFE en qualité d’exploitant, IFER au titre de ses infrastructures et éventuellement d’autres taxes selon la nature et la localisation du site.
Le fait que l’IFER suive certaines règles de déclaration ou de recouvrement de la CFE ne transforme pas ces deux prélèvements en une seule taxe.
Cette distinction est particulièrement importante pour analyser le coût fiscal réel d’un parc énergétique.
Exemple : fiscalité d’un parc éolien
Prenons un parc éolien comprenant plusieurs machines. Depuis 2024, les mâts bénéficient d’une exonération permanente de taxe foncière et leur valeur locative ne doit plus entrer dans la base de CFE. Pourtant, les autres composantes foncières du parc doivent être analysées et chaque éolienne répondant au seuil de puissance reste soumise à l’IFER calculée à 8,62 €/kW en 2026.
Le résultat fiscal du parc dépend donc simultanément de plusieurs méthodes.
Cela explique pourquoi une affirmation comme « les éoliennes sont exonérées de taxe foncière » ne permet absolument pas de déterminer le niveau de fiscalité locale d’un parc.
Exemple : fiscalité d’une centrale photovoltaïque
La logique est comparable pour une centrale photovoltaïque. Les immobilisations directement destinées à la production photovoltaïque bénéficient d’une exonération spécifique de taxe foncière, mais les terrains d’assiette doivent être analysés séparément et peuvent, selon leur situation, entrer dans la fiscalité foncière. Parallèlement, une centrale d’au moins 100 kW supporte l’IFER calculée sur sa puissance installée, avec un tarif qui dépend notamment de sa date de mise en service.
Une simulation correcte doit donc reprendre au minimum :
taxe foncière + CFE + IFER, auxquelles peuvent s’ajouter d’autres impositions selon le projet.
C’est cette approche globale qui permet réellement de déterminer le coût fiscal annuel d’une installation énergétique.
À qui revient le produit de l’IFER ?
L’IFER a été conçue au profit des collectivités territoriales et de leurs groupements, mais son produit ne revient pas de manière uniforme à une seule catégorie de collectivité. Les règles de répartition varient selon la composante et selon le régime fiscal de l’EPCI concerné. Le portail officiel des collectivités locales publie d’ailleurs des tableaux détaillés indiquant les quotités revenant aux différents niveaux territoriaux.
Cette organisation est particulièrement importante dans les territoires accueillant de grands équipements énergétiques. Une commune ou un EPCI peut percevoir une part significative de fiscalité grâce à un parc éolien, une centrale ou une autre infrastructure de réseaux.
L’implantation d’un projet ne constitue donc pas uniquement une question énergétique ou environnementale : elle peut également produire des recettes fiscales locales durables.
Pourquoi l’IFER est-elle importante pour les collectivités rurales ?
Cette question se pose particulièrement pour l’éolien, le photovoltaïque ou certains ouvrages énergétiques implantés dans des territoires ruraux. Une commune de petite taille peut accueillir plusieurs dizaines de mégawatts de puissance énergétique, ce qui crée une base IFER sans commune mesure avec sa population.
La répartition exacte de la recette dépend du type d’équipement et de l’organisation intercommunale, mais l’existence de cette ressource explique en partie l’attention portée par les collectivités aux conséquences fiscales des projets énergétiques.
Lorsqu’une loi modifie parallèlement la taxe foncière ou la CFE d’une infrastructure, il est donc indispensable d’examiner l’IFER avant de conclure à une diminution globale des recettes locales.
Peut-on contester une IFER ?
Comme toute imposition, l’IFER peut être vérifiée lorsqu’un exploitant estime que son montant ne correspond pas à la situation réelle de l’installation. Toutefois, une contestation efficace ne doit pas reposer sur le simple constat que l’impôt paraît élevé.
Il faut identifier le paramètre litigieux.
La puissance installée est-elle correcte ?
L’installation franchit-elle réellement le seuil d’assujettissement ?
La date de mise en service est-elle correctement prise en compte pour une centrale photovoltaïque ?
Le nombre d’équipements ou de lignes retenu est-il exact ?
L’entreprise était-elle effectivement exploitante au 1er janvier ?
Le bon tarif 2026 a-t-il été appliqué ?
La méthode de contrôle dépend donc totalement de la composante de l’IFER.
Une erreur de puissance peut avoir des conséquences importantes
Pour une infrastructure énergétique, quelques centaines de kilowatts d’écart peuvent représenter plusieurs milliers d’euros d’imposition supplémentaire chaque année.
Prenons une centrale photovoltaïque ancienne pour laquelle l’administration retiendrait 8 MW alors que la puissance réellement imposable serait de 7,5 MW. Avec un tarif 2026 de 8,62 €/kW, les 500 kW d’écart représentent :
500 × 8,62 € = 4 310 € par an.
Sur plusieurs exercices, le montant peut devenir significatif.
La puissance fiscale doit donc être rapprochée des documents techniques et administratifs de l’installation.
La date de mise en service des centrales photovoltaïques doit être vérifiée
Cette donnée est aujourd’hui particulièrement importante compte tenu de l’écart entre le régime des centrales photovoltaïques mises en service avant 2021 et celui applicable pendant vingt ans aux centrales plus récentes.
Une erreur sur cette date peut conduire à l’application de 8,62 €/kW au lieu de 3,588 €/kW en 2026.
Sur une centrale de 10 MW, la différence annuelle atteint :
10 000 × (8,62 − 3,588) = 50 320 €.
L’enjeu justifie à lui seul de contrôler la date de mise en service retenue.
Repowering et augmentation de puissance : attention à l’IFER
Lorsqu’une installation énergétique est modernisée, il faut également raisonner au-delà de la taxe foncière. Dans un parc éolien, un repowering peut remplacer plusieurs anciennes machines par des éoliennes moins nombreuses mais beaucoup plus puissantes.
Le mât reste exonéré de taxe foncière selon le régime applicable depuis 2024, mais puisque l’IFER éolien repose sur la puissance installée, l’augmentation de la puissance totale du parc peut entraîner une augmentation de l’IFER.
L’impact fiscal d’un repowering ne peut donc pas être déterminé uniquement à partir de l’évolution des bases foncières.
Une évolution particulière est déjà prévue pour 2027
La fiscalité des réseaux continue d’évoluer. Une publication BOFiP de 2026 indique notamment qu’une majoration temporaire d’IFER sera applicable à certaines installations pour les impositions dues au titre des années 2027, 2028 et 2029, avec une majoration de 7,54 €/kW dans le champ précis prévu par la loi. Le produit de cette majoration sera alors affecté au budget général de l’État.
Cette évolution ne concerne pas l’IFER 2026 présentée dans cet article, mais elle montre pourquoi les simulations pluriannuelles doivent être régulièrement actualisées.
Une installation dont la fiscalité est connue aujourd’hui peut connaître un régime différent dès l’exercice suivant.
Pourquoi auditer l’IFER avec la taxe foncière et la CFE ?
Parce qu’il s’agit de trois fiscalités différentes qui peuvent concerner une même installation et que leur évolution n’est pas nécessairement parallèle.
La taxe foncière dépend de l’immeuble et de son évaluation.
La CFE dépend notamment de la valeur locative des biens utilisés par l’exploitant.
L’IFER dépend de paramètres techniques propres à l’infrastructure.
Une erreur peut donc exister dans une taxe et pas dans les deux autres.
Un audit global doit notamment rapprocher les avis fiscaux des fiches d’évaluation cadastrales, des déclarations CFE/IFER, des données techniques, de la puissance installée, des dates de mise en service et de la liste réelle des immobilisations présentes sur le site.
C’est particulièrement important pour les grands sites énergétiques sur lesquels les montants cumulés deviennent rapidement significatifs.
L’IFER ne dépend pas du bénéfice de l’entreprise
C’est également une caractéristique importante pour les exploitants.
Une installation peut produire un résultat économique médiocre ou subir une diminution de chiffre d’affaires sans que son IFER diminue automatiquement. L’impôt étant essentiellement forfaitaire et fondé sur des caractéristiques techniques, son montant peut rester identique si la puissance ou les équipements restent inchangés.
L’IFER doit donc être considérée comme une charge relativement structurelle de l’installation, au même titre que certaines autres fiscalités locales.
Cette caractéristique renforce l’intérêt d’une estimation avant investissement.
Anticiper l’IFER avant de construire une installation énergétique
Pour un investisseur, la bonne démarche consiste à intégrer l’imposition forfaitaire dans le modèle économique avant la réalisation du projet.
Lorsqu’une centrale photovoltaïque de 20 MW est envisagée, il est parfaitement possible d’estimer l’IFER correspondant à sa puissance et à sa date prévisionnelle de mise en service. La même logique s’applique à un parc éolien.
Cette charge doit ensuite être intégrée avec la taxe foncière estimée, la CFE et les autres prélèvements applicables.
Le coût fiscal réel d’un projet énergétique ne devrait donc jamais être découvert après sa mise en service.
IFER 2026 : les principaux chiffres à retenir
En 2026, les tarifs des différentes composantes ont été revalorisés de 1,3 %. Pour les installations énergétiques les plus courantes, le tarif atteint notamment 8,62 €/kW pour les éoliennes et hydroliennes, 3,588 €/kW pour les centrales hydrauliques, 8,62 €/kW pour les centrales photovoltaïques mises en service avant 2021, et 3,588 €/kW pendant les vingt premières années d’imposition des centrales photovoltaïques mises en service après le 1er janvier 2021. Les centrales nucléaires et thermiques imposables relèvent quant à elles d’un tarif de 3 588 €/MW, tandis que les installations géothermiques concernées supportent 26,46 €/kW.
Ces chiffres ne constituent toutefois qu’une première étape. Avant tout calcul, il faut vérifier que l’installation entre réellement dans le champ de la composante concernée.
Le rôle de Fiscallia dans l’analyse de l’IFER
Chez Fiscallia, l’IFER doit être analysée dans le cadre plus général de la fiscalité locale de l’installation. Une centrale photovoltaïque, une éolienne ou un autre équipement énergétique ne supporte pas une seule taxe mais plusieurs impositions reposant sur des mécanismes totalement différents.
L’analyse doit donc commencer par identifier chaque taxe applicable, puis reconstituer séparément son assiette.
Pour l’IFER, il faut notamment vérifier la nature de l’installation, la puissance ou les caractéristiques techniques retenues, le seuil d’assujettissement, la situation au 1er janvier, le tarif annuel et, pour certaines installations, la date de mise en service.
Pour la taxe foncière et la CFE, la démarche sera différente puisqu’il faudra revenir aux biens immobiliers, à leur qualification et à leur valeur locative.
Cette approche évite une erreur fréquente : appliquer le raisonnement d’une taxe à une autre.
Conclusion : l’IFER est une fiscalité technique qu’il faut analyser installation par installation
L’imposition forfaitaire des entreprises de réseaux constitue une fiscalité particulièrement originale, car son calcul repose principalement sur les caractéristiques physiques et techniques des infrastructures plutôt que sur les résultats financiers de l’entreprise. Créée pour taxer certaines grandes infrastructures des secteurs de l’énergie, des télécommunications et du transport ferroviaire, elle comporte aujourd’hui dix composantes dont les règles peuvent être très différentes.
Pour les exploitants d’installations énergétiques, le principe est particulièrement important à comprendre. Une éolienne peut bénéficier depuis 2024 d’une exonération de taxe foncière pour son mât tout en restant soumise à une IFER de 8,62 €/kW en 2026. Une centrale photovoltaïque peut bénéficier de l’exonération foncière de ses installations de production tout en supportant une IFER calculée sur sa puissance, avec un tarif pouvant varier très fortement selon sa date de mise en service.
Il ne faut donc jamais raisonner en affirmant qu’une installation est simplement « exonérée » ou « imposable ». La réalité est plus complexe : chaque composante du site et chaque taxe doivent être analysées séparément.
Avant la construction d’une installation de production d’énergie, plusieurs questions devraient donc être systématiquement posées : quel sera le régime de taxe foncière du site ? Quelle sera la base de CFE ? L’installation entre-t-elle dans le champ de l’IFER ? Quel sera son tarif ? Quelle puissance sera retenue au 1er janvier ? Existe-t-il un régime temporaire lié à sa date de mise en service ?
Et après la mise en exploitation, ces mêmes données doivent être contrôlées.
Chez Fiscallia, l’objectif d’un audit n’est pas de considérer qu’un montant important est nécessairement incorrect, mais de vérifier que la bonne installation a été imposée, sur le bon paramètre, au bon tarif et pour la bonne année. C’est particulièrement important pour l’IFER, car quelques mégawatts de différence ou une mauvaise date de mise en service peuvent représenter plusieurs dizaines de milliers d’euros d’écart annuel.
David Dricourt, le 19 aout 2026






