Pourquoi les catégories SPE4, SPE5 et HOT5 peuvent changer la taxe foncière
À première vue, la frontière peut sembler mince. Un camping accueille des vacanciers, dispose d’emplacements, de sanitaires, parfois d’une piscine, d’un restaurant et d’équipements sportifs. Un village de vacances peut proposer des prestations très proches, mais avec des hébergements installés de manière organisée : mobil-homes, chalets, bungalows ou maisonnettes.
Pourtant, en matière de fiscalité locale, ces établissements peuvent relever de catégories d’évaluation très différentes. Et cette différence n’est pas purement administrative : les tarifs au mètre carré appliqués pour déterminer la valeur locative peuvent être sans commune mesure.
Trois catégories doivent être étudiées : SPE4 pour les terrains de camping confortables, SPE5 pour les terrains de camping ordinaires et HOT5 pour les hôtels-clubs, villages de vacances et résidences hôtelières. La déclaration 6660-REV distingue expressément ces trois situations.
L’analyse des tarifs 2026 de la France entière montre ensuite pourquoi cette qualification mérite une attention particulière. Un établissement relevant de SPE4 ou SPE5 peut être associé à un tarif de quelques centimes ou quelques euros par mètre carré, tandis qu’un établissement HOT5 peut atteindre plusieurs centaines d’euros par mètre carré dans certains secteurs.
Derrière une question apparemment simple — « Est-ce un camping ou un village de vacances ? » — peut donc se cacher un enjeu important de taxe foncière et de CFE.
SPE4, SPE5 et HOT5 : trois catégories à ne pas confondre
La déclaration 6660-REV définit SPE4 comme les « terrains de camping confortables (3 étoiles et plus, ou confort identique) » et SPE5 comme les « terrains de camping ordinaires (1 ou 2 étoiles, ou confort identique) ».
La notice précise que la répartition entre SPE4 et SPE5 dépend de la classification définie par l’arrêté du 6 juillet 2010.
HOT5 appartient, en revanche, au sous-groupe des hôtels et locaux assimilables. La déclaration la définit comme la catégorie des « hôtels clubs, villages de vacances et résidences hôtelières ».
La notice est encore plus instructive puisqu’elle indique que HOT5 comprend les hôtels-clubs, villages de vacances et résidences hôtelières composés d’appartements, maisonnettes ou bungalows intégrés dans un ensemble proposant divers équipements sportifs ou de loisirs, en citant notamment les complexes aquatiques et les tennis.
C’est précisément à cet endroit que la question des mobil-homes devient intéressante.
Un camping avec des mobil-homes reste-t-il nécessairement un camping ?
Il faut ici être prudent. La documentation fournie ne dit pas qu’un camping devient automatiquement HOT5 dès lors qu’il installe des mobil-homes. Une telle affirmation serait beaucoup trop catégorique.
En revanche, elle permet d’identifier une véritable zone de vigilance.
Le camping traditionnel repose essentiellement sur la mise à disposition d’emplacements destinés à recevoir les équipements d’hébergement des vacanciers : tentes, caravanes ou camping-cars. Selon son classement et son niveau de confort, il relèvera alors de SPE4 ou SPE5.
Mais certains établissements ont profondément évolué. Les emplacements nus ont progressivement laissé place à des mobil-homes, chalets ou autres hébergements exploités directement par l’établissement. Une piscine est devenue un complexe aquatique, des terrains de sport ont été aménagés, des animations ont été développées et l’ensemble fonctionne parfois davantage comme un véritable village touristique que comme un terrain destiné à recevoir les caravanes et les tentes des clients.
Or la notice 6660-REV rappelle que la nature et la destination principale du local permettent de déterminer le sous-groupe, puis son utilisation et ses caractéristiques physiques permettent de déterminer la catégorie. Elle ajoute que, lorsque plusieurs activités sont exercées dans un même local, la catégorie retenue est celle correspondant à l’activité occupant la plus grande surface.
La qualification ne devrait donc pas être déterminée uniquement à partir du nom commercial de l’établissement. Un « camping village » n’est pas automatiquement HOT5, tout comme la présence de quelques mobil-homes ne suffit pas à faire disparaître SPE4 ou SPE5. Il faut examiner l’exploitation réelle et les caractéristiques de l’ensemble.
Pourquoi cette distinction est-elle si importante ? Parce que les tarifs n’ont rien à voir
C’est ici que l’étude des tarifs 2026 prend tout son intérêt.
Dans le fichier national transmis à Fiscallia, les tarifs SPE4 et SPE5 sont généralement très faibles comparativement à HOT5. Il ne s’agit pas de quelques pourcents de différence mais, dans certaines situations, d’un changement complet d’échelle tarifaire.
Pour SPE4, le département présentant la moyenne départementale la plus faible dans les données étudiées est la Marne (51), avec seulement 0,30 €/m². À l’autre extrême, le Var (83) présente la moyenne SPE4 la plus élevée, avec environ 16,33 €/m².
Pour SPE5, la Marne se retrouve également au niveau le plus bas, avec une moyenne d’environ 0,20 €/m², tandis que le Var atteint environ 6,43 €/m² en moyenne.
Passons maintenant à HOT5.
Dans cette catégorie, la Haute-Marne (52) présente la moyenne départementale la plus faible de notre fichier 2026, avec 27,90 €/m². À l’autre extrémité, Paris (75) atteint environ 418,02 €/m².
La comparaison résume à elle seule l’enjeu :
| Catégorie | Établissements concernés | Département le moins cher* | Moyenne 2026 | Département le plus cher* | Moyenne 2026 |
|---|---|---|---|---|---|
| SPE4 | Camping 3 étoiles et plus ou confort identique | Marne (51) | 0,30 €/m² | Var (83) | 16,33 €/m² |
| SPE5 | Camping 1 ou 2 étoiles ou confort identique | Marne (51) | 0,20 €/m² | Var (83) | 6,43 €/m² |
| HOT5 | Hôtels-clubs, villages de vacances, résidences hôtelières | Haute-Marne (52) | 27,90 €/m² | Paris (75) | 418,02 €/m² |
*Dans le fichier national 2026 étudié, sur la base de la moyenne arithmétique des tarifs sectoriels renseignés pour chaque département. Cette moyenne est un outil de comparaison : elle ne constitue pas le tarif applicable à un établissement particulier, qui dépend de son secteur d’évaluation.
Entre SPE5 et HOT5, nous passons parfois de quelques centimes à plusieurs centaines d’euros
La comparaison des valeurs extrêmes est encore plus spectaculaire.
Dans le fichier étudié, certains tarifs sectoriels SPE4 et SPE5 descendent jusqu’à 0,10 €/m².
Pour HOT5, le tarif sectoriel le plus faible que nous avons identifié atteint déjà 16,40 €/m².
Et à l’autre extrême, HOT5 monte jusqu’à 495,40 €/m² à Paris.
Autrement dit, les trois catégories n’évoluent absolument pas dans le même univers tarifaire.
Cela ne signifie évidemment pas qu’un changement de SPE4 vers HOT5 multiplierait automatiquement la taxe foncière dans les mêmes proportions. La surface pondérée, le coefficient de localisation et les autres mécanismes entrant dans la détermination de la base doivent également être pris en compte.
Mais lorsque le tarif au mètre carré, qui constitue l’un des éléments fondamentaux du calcul de la valeur locative, change à ce point, la catégorie mérite impérativement d’être vérifiée.
Le cas du Var montre également l’importance du secteur d’évaluation
Le Var est particulièrement intéressant puisqu’il constitue, dans notre analyse 2026, le département présentant les moyennes SPE4 et SPE5 les plus élevées.
Pourtant, dire qu’un camping situé dans le Var possède un tarif SPE4 de 16,33 €/m² serait faux.
Il s’agit seulement de la moyenne départementale.
Selon les secteurs d’évaluation, les tarifs SPE4 relevés dans le fichier sont de 0,90 €, 2,10 €, 12,70 €, 13,60 €, 31,80 € et 36,90 €/m².
Entre le secteur le moins cher et le plus cher du même département, le rapport dépasse donc 1 à 40.
Cela démontre une nouvelle fois qu’une simulation sérieuse de taxe foncière ne peut pas se contenter de connaître le département ou même la commune. Il faut identifier le secteur d’évaluation correspondant au local.
Un village de mobil-homes peut donc poser une vraie question de qualification
Imaginons maintenant un camping 4 étoiles installé depuis plusieurs décennies.
À l’origine, l’établissement comporte principalement des emplacements pour tentes et caravanes. Il relève logiquement de SPE4.
Au fil des années, son modèle économique évolue. Des emplacements disparaissent et sont remplacés par des mobil-homes. Des chalets sont installés. Un complexe aquatique est construit. L’établissement développe des équipements sportifs, des animations et différents services. Finalement, la majorité de l’activité repose sur la location d’hébergements installés et organisés au sein de l’établissement.
Commercialement, l’exploitant peut parfaitement continuer à utiliser le mot « camping ».
Fiscalement, la question mérite désormais d’être étudiée.
La définition HOT5 fournie par la notice — appartements, maisonnettes ou bungalows intégrés dans un ensemble proposant divers équipements sportifs ou de loisirs — peut en effet présenter des similitudes avec certains établissements modernes d’hôtellerie de plein air.
Cela ne suffit toujours pas à conclure automatiquement à HOT5. Mais cela justifie de vérifier la qualification retenue par l’administration et sa correspondance avec la réalité de l’exploitation.
À l’inverse, HOT5 ne doit pas être appliqué simplement parce qu’un camping possède des mobil-homes
Cette précision est tout aussi importante.
Un camping 3, 4 ou 5 étoiles peut proposer des mobil-homes sans nécessairement perdre sa nature de terrain de camping. La présence de ce type d’hébergement constitue un élément de l’analyse, pas une règle automatique de classement.
Pour Fiscallia, une vérification sérieuse devrait donc porter sur la nature administrative et touristique de l’établissement, mais aussi sur son organisation physique, la répartition des hébergements, les surfaces occupées par les différentes activités et les caractéristiques concrètes de l’exploitation.
Cette prudence est essentielle parce que les conséquences d’une erreur de catégorie peuvent être importantes dans les deux sens.
Un établissement classé HOT5 alors qu’il devrait relever de SPE4 pourrait éventuellement supporter un tarif beaucoup plus élevé. À l’inverse, une situation enregistrée historiquement en SPE4 alors que les caractéristiques de l’exploitation ont profondément changé doit également être analysée avant toute réclamation.
Vérifier une catégorie ne signifie donc pas automatiquement demander son changement. Il faut d’abord mesurer toutes les conséquences de la modification envisagée.
SPE4 ou SPE5 : le classement du camping a lui aussi une incidence
L’opposition entre camping et village de vacances ne doit pas faire oublier la distinction interne aux campings.
Un terrain classé 3 étoiles ou davantage, ou présentant un confort identique, relève de SPE4. Les campings 1 ou 2 étoiles, ou de confort identique, relèvent de SPE5.
Or leurs tarifs ne sont pas identiques.
Dans le Var, par exemple, la moyenne SPE4 ressort à environ 16,33 €/m², contre seulement 6,43 €/m² pour SPE5 dans les données 2026 étudiées.
Là encore, il ne faut pas en déduire directement un rapport entre les montants de taxe foncière. Mais le niveau de classement de l’établissement intervient bien dans sa catégorie cadastrale et donc dans le tarif servant à construire sa valeur locative.
La catégorie n’est que la première partie du calcul
Une fois SPE4, SPE5 ou HOT5 déterminé, il reste encore à examiner les surfaces.
La déclaration 6660-REV impose leur ventilation entre P1, P2, P3, Pk1 et Pk2. P1 correspond aux surfaces essentielles à l’activité ; P2 aux parties secondaires couvertes ayant un potentiel commercial plus faible ; P3 aux parties secondaires non couvertes ; Pk1 et Pk2 aux espaces de stationnement couverts et découverts.
La notice précise notamment que P3 correspond à des éléments utilisés pour l’activité mais dont le potentiel commercial est plus faible, en donnant comme illustration les aires et lieux de stockage à l’air libre.
Pour un camping ou un village de vacances qui peut occuper plusieurs hectares, la qualification des surfaces devient donc aussi importante que la catégorie elle-même.
C’est pourquoi comparer seulement le tarif SPE4 et le tarif HOT5 ne permet pas de calculer directement l’écart de taxe foncière. Il faut reconstruire l’ensemble de l’évaluation.
Taxe foncière et CFE : le même problème peut se retrouver deux fois
Cette vérification est d’autant plus importante que la valeur locative cadastrale intervient dans la taxe foncière et, sous réserve des règles propres à chaque imposition et à la situation de l’exploitant, dans la détermination de la base foncière de CFE.
Une anomalie significative de catégorie ou de surface peut donc avoir des conséquences récurrentes.
Pour un établissement touristique occupant une grande superficie, quelques euros de différence par mètre carré peuvent déjà représenter un enjeu substantiel. Lorsque l’on compare les niveaux tarifaires constatés entre SPE4, SPE5 et HOT5, l’intérêt d’une vérification devient encore plus évident.
Camping ou village de vacances : la bonne catégorie doit être déterminée avant d’investir
L’étude nationale 2026 permet finalement de dégager un enseignement très simple : tous les hébergements touristiques de plein air ne sont pas valorisés de la même manière par la fiscalité locale.
SPE4 concerne les terrains de camping confortables, à partir de 3 étoiles ou de confort identique. SPE5 concerne les terrains de camping ordinaires de 1 ou 2 étoiles. HOT5 correspond aux hôtels-clubs, villages de vacances et résidences hôtelières et peut notamment concerner des ensembles constitués d’appartements, maisonnettes ou bungalows accompagnés d’équipements sportifs ou de loisirs.
Les tarifs 2026 montrent ensuite l’ampleur de la différence : 0,30 €/m² de moyenne SPE4 dans la Marne contre 16,33 €/m² dans le Var ; 0,20 €/m² de moyenne SPE5 dans la Marne contre 6,43 €/m² dans le Var ; et, pour HOT5, 27,90 €/m² en Haute-Marne contre plus de 418 €/m² à Paris.
La question devient particulièrement intéressante pour les campings qui se transforment progressivement en véritables villages de mobil-homes. Il ne faut surtout pas en conclure qu’un mobil-home entraîne automatiquement HOT5. En revanche, lorsque l’établissement change profondément de physionomie et de modèle d’exploitation, sa catégorie cadastrale mérite d’être vérifiée avant que la taxe foncière et la CFE ne viennent révéler le problème.
Pour Fiscallia, la méthode doit donc rester la même : identifier l’activité réelle, vérifier la catégorie, retrouver le secteur d’évaluation, contrôler le tarif, reconstruire les surfaces pondérées puis recalculer la valeur locative.
Dans ce domaine, SPE4, SPE5 ou HOT5 ne sont pas trois simples codes administratifs : ce sont trois points de départ tarifaires très différents qui peuvent peser directement sur l’économie d’un établissement touristique.
David Dricourt, le 20 septembre 2026






