Analyse de la décision du 11 janvier 2024 (n° 473741)
La taxe sur les surfaces commerciales (TaSCom) repose sur une notion cardinale : celle d’activité de commerce de détail. Cette qualification conditionne l’assujettissement même à la taxe et, en pratique, constitue l’un des principaux points de contentieux entre exploitants et administration fiscale.
Par une décision du 11 janvier 2024, le Conseil d’État est venu apporter une clarification majeure sur cette notion, en tranchant une question longtemps discutée : jusqu’où une activité peut-elle inclure des opérations de transformation sans perdre son caractère de vente au détail ?
Cette décision, désormais intégrée à la doctrine administrative, emporte des conséquences concrètes et immédiates pour de nombreux établissements commerciaux, notamment dans les secteurs alimentaires.
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Le cadre juridique de la TaSCom : un impôt fondé sur la vente au détail
La TaSCom s’applique aux établissements :
- exerçant une activité de commerce de détail,
- disposant d’une surface de vente supérieure à 400 m²,
- et réalisant un chiffre d’affaires annuel supérieur à 460 000 €.
La difficulté ne réside pas dans les seuils, mais dans la qualification de l’activité. La frontière entre vente au détail et activité de transformation ou de production est souvent ténue, en particulier dans les commerces alimentaires spécialisés.
Jusqu’à présent, l’administration fiscale adoptait une lecture restrictive, excluant parfois du champ de la vente au détail certaines opérations réalisées sur place.
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Le litige : découpe et conditionnement sur place, une transformation taxable ?
L’affaire soumise au Conseil d’État concernait des établissements commercialisant des produits alimentaires (fromages, charcuteries) et procédant, à la demande des clients :
- à la découpe des produits,
- à leur conditionnement,
- sans modification substantielle de leur nature.
L’administration soutenait que ces opérations constituaient une transformation excédant le simple acte de vente, ce qui aurait pu remettre en cause l’assujettissement à la TaSCom, ou à l’inverse, justifier une qualification différente selon les cas.
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La position du Conseil d’État : une définition pragmatique de la vente au détail
Dans sa décision du 11 janvier 2024, le Conseil d’État adopte une approche résolument concrète et économique.
Il juge que :
La simple découpe à la demande du client et le conditionnement du fromage ou de la charcuterie constituent des transformations mineures et des manipulations usuelles, qui ne font pas perdre à l’activité son caractère de vente au détail.
Autrement dit, ces opérations sont considérées comme indissociables de l’acte de vente et ne modifient ni la nature du produit, ni celle de l’activité exercée.
Cette position repose sur deux critères implicites mais essentiels :
- l’absence de modification substantielle du produit,
- l’existence d’une finalité exclusivement commerciale, tournée vers la vente immédiate au consommateur final.
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Une remise en cause explicite de la doctrine administrative antérieure
La portée de la décision dépasse le seul litige jugé. Le Conseil d’État constate que certains commentaires doctrinaux de l’administration fiscale étaient contraires à cette interprétation.
En conséquence, l’administration a officiellement rapporté les commentaires figurant aux paragraphes 65 et 70 du BOI-TFP-TSC, et les a aménagés pour les mettre en conformité avec la jurisprudence.
Jurisprudence TASCOM Mai 2024
Ces modifications doctrinales s’appliqueront à compter des impositions dues au titre de 2025, ce qui leur confère une portée prospective mais structurante.
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Les conséquences pratiques pour les exploitants commerciaux
Cette décision sécurise juridiquement de nombreux établissements :
- fromageries,
- charcuteries,
- traiteurs,
- commerces alimentaires spécialisés,
- grandes surfaces disposant de rayons à la coupe.
Dès lors que les opérations réalisées sur place se limitent à des manipulations usuelles, sans transformation industrielle ou modification du produit, l’activité demeure une rappelée comme une vente au détail au sens de la TaSCom.
En pratique, cela signifie :
- une stabilité du régime fiscal applicable,
- une réduction des risques de requalification,
- et un cadre plus lisible pour les contentieux en cours ou à venir.
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Une décision structurante pour le contentieux de la fiscalité locale
Cette jurisprudence illustre une tendance de fond :
le juge administratif adopte une lecture économique, réaliste et non formaliste de l’activité commerciale.
Pour les professionnels de la fiscalité locale, cette décision constitue :
- un outil d’argumentation solide en cas de redressement,
- un point d’appui doctrinal dans les réclamations TaSCom,
- un signal clair adressé à l’administration sur les limites de l’interprétation fiscale.
Conclusion – Une clarification bienvenue, mais à manier avec expertise
La décision du Conseil d’État du 11 janvier 2024 marque une étape importante dans la sécurisation du champ d’application de la TaSCom.
Elle rappelle que la fiscalité locale ne peut s’affranchir de la réalité économique des activités commerciales.
Pour autant, chaque situation reste factuelle, et la frontière entre transformation mineure et activité de production demeure une question d’appréciation fine.
C’est précisément dans cette zone grise que l’expertise de cabinets spécialisés comme Fiscallia prend tout son sens : analyser, qualifier, contester et sécuriser durablement la fiscalité locale des établissements commerciaux.






